Monsieur le Président de l’Union nationale des maisons familiales rurales, Xavier Michelin,

Monsieur le Président de la CREA, cher Frédéric Sanchez,

Monsieur le Sénateur,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs, les administrateurs, parents d’élèves, bénévoles, partenaires,

Chers amis,

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté l’invitation qui m’a été faite de venir partager ce moment avec vous, plaisir conjugué à la joie que j’ai de vous rencontrer ici au Zénith de Rouen, cette ville qui m’est chère, vous le savez…

Je tiens donc à vous remercier, Monsieur le Président, pour l’organisation de votre assemblée générale autour du thème de la jeunesse et des territoires.

Vous qui savez si bien que l’avenir des jeunes se prépare en travaillant sur leurs parcours mais aussi sur l’évolution des structures qui les accueillent et pour vous en premier lieu, les maisons familiales rurales.

Le Président de la République a fixé un cap ambitieux pour la jeunesse. C’est la grande priorité de son quinquennat, c’est la priorité du gouvernement.

C’est avec détermination, engagement et fierté que je porte la responsabilité de piloter la politique jeunesse. Les contours ont été arrêtés à l’occasion du CIJ du 21 février sous la présidence du Premier ministre, j’y reviendrai.

Partons d’un constat. Comment peut-on admettre que 40% des chômeurs soient aujourd’hui des jeunes ? Que la moitié des personnes pauvres ait moins de 30 ans ? Qu’un million de jeunes vivent sans formation ni emploi ? 

Au nom de l’égalité républicaine, nous devons rendre espoir aux plus jeunes d’entre nous. Nous devons les aider à mieux tirer parti de leurs talents, briser les déterminismes qui les entravent et qui parfois les désespèrent.

Nous devons redonner espoir et bâtir les contours du « nouveau modèle français », à la fois plus compétitif et plus solidaire, en ne laissant personne sur le bord du chemin.

Une exigence faire confiance à la jeunesse. C’est d’ailleurs ce que les jeunes nous disent et que les jeunes haut-normands ont encore exprimé dans l’enquête que vous avez présentée hier. « Il faut croire en nous » disent-ils.

Redonner cette confiance ébranlée par la crise, mais aussi par des années de défiance, de discours parfois stigmatisé et d’absence de politique globale de jeunesse. C’est notre première priorité.

Faire confiance pour libérer les énergies et mobiliser les jeunes au service d’une ambition plus grande que chacun d’entre nous !

Cette ambition, c’est la République.

La République est notre bien commun mais nous ne pouvons pas nous contenter de le proclamer pour que cela soit crédible, en particulier pour la jeunesse. La jeunesse française doit savoir que la République mérite qu’on s’engage pour elle, à condition qu’elle leur offre le meilleur.

Dans la période, parler de la République, c’est aussi parler de la démocratie. Avec l’actualité, que vous avez, comme moi, tous en tête, nous savons qu’elle est fragilisée. En tant que femme politique, en tant que ministre, en tant que citoyenne, je sais combien mon rôle est d’être exemplaire. Exemplaire dans le comportement mais aussi exemplaire dans la capacité à répondre aux problèmes rencontrés et aux besoins sociaux exprimés. Redonner confiance dans l’action publique n’est pas simple, cela ne se décrète pas. La pratique est importante mais elle ne peut pas se dissocier du fait d’apporter des réponses concrètes aux difficultés. Sans cela nous risquons de laisser fleurir des discours démagogiques qui rajouteront davantage encore de problèmes qu’ils n’apporteront de solutions.

Mon devoir, notre devoir, c’est donc de proposer aux jeunes des réponses qui leur permettent de se projeter dans l’avenir avec une formation, un emploi, un logement. Autant de conditions pour entrer dans la vie active en confiance.

Dès son entrée en fonction le gouvernement a donc d’abord répondu à l’urgence.

Nous avons créé les emplois d’avenir : un peu plus de 15 000 ont déjà été signés, dont 20 % dans le périmètre du ministère dont j’ai la charge, pour favoriser l’entrée dans la vie active des jeunes les plus éloignés de l’emploi. 

Dès la rentrée scolaire 2012, 1 000 professeurs des écoles ont été recrutés, et 355 pour le secondaire, première étape du recrutement de 60 000 enseignants d’ici à 2017. 

Nous avons renforcé la lutte contre le décrochage scolaire et faisons monter en puissance le service civique avec 30 000 missions proposées cette année contre 20 000 l’année dernière.

Vous le voyez, dès 2012, nous avons posé les jalons de cette politique renouvelée pour la jeunesse. 

2013 doit maintenant être l’année de la mise en œuvre d’autres projets de long terme.

C’est pour cela qu’un comité interministériel de la jeunesse a été réuni. Il ne l’a été que trois fois au cours des vingt dernières années. Notre ambition est de le réunir tous les ans.

Chaque année, nous ferons le bilan de la Priorité Jeunesse et le Premier ministre s’adressera au Parlement.

Lors de ce premier comité, un plan d’ensemble a été défini. Il s’adresse à toute la jeunesse de France.

Les jeunes les plus en difficulté bien sûr mais aussi tous les autres jeunes qu’il faut aider à trouver leur voie et à accéder aux responsabilités de demain. Les jeunes urbains, comme les jeunes ruraux, ceux qui vivent dans l’hexagone comme ceux d’outremer.

La nouvelle politique de jeunesse, la Priorité jeunesse, entend que l’on sorte d’une approche sectorielle et fragmentée des dispositifs.

L’empilement des « mesures jeunes » était devenu illisible pour les jeunes et leur famille. C’était devenu inefficace et créateur d’inégalités.

Un avis du groupe Jeunes du Conseil économique, social et environnemental adopté en juin 2012 sur les droits sociaux des jeunes a montré très bien comment la complexité des dispositifs engendrait un non-recours important des jeunes à leurs droits.

Nous avons donc défini une politique globale et cohérente de l’action publique, associant l’ensemble des acteurs, notamment les jeunes eux-mêmes.

Pour cela, 24 ministères se sont mobilisés pendant plusieurs mois. Nous avons abordé l’ensemble des chantiers de manière transversale : l’éducation, l’orientation, la formation et l’insertion professionnelle, le logement, la santé, les droits sociaux, l’engagement, la mobilité internationale, l’accès à la culture ou au sport, la place des jeunes dans l’espace public…

A l’issue de ce comité interministériel, 47 mesures ont été adoptées, constituant 13 chantiers prioritaires pour l’action publique.

Pour que ces mesures et ces chantiers ne restent pas qu’une préoccupation du sommet de l’Etat, j’ai tenu à ce qu’ils soient déclinés dans toutes les régions. Il y a quelques jours j’ai donc lancé en Auvergne, avec le Préfet de région, une série de Comité d’administration Régionale sur la jeunesse qui vise à coordonner tous les services de l’Etat. D’autres suivront rapidement. 

Je ne vais bien sûr pas vous présenter chacune des mesures adoptées dans le détail mais je voudrais en évoquer quelques unes qui peuvent faire écho à l’action des maisons familiales rurales, notamment en matière de formation.

Le taux de chômage chez les jeunes diplômés est de 9 % quand il est de 46 % pour les jeunes sans aucun diplôme ! Oui, tout démontre que l’absence de formation est la première cause d’échec professionnel et social. Le premier chantier porte donc sur la formation des jeunes. 

Comment ne pas voir ici la première cause de la désespérance sociale d’une partie de la jeunesse, de ceux qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme ni formation. Ils sont rappelons - le 140 000 par an ! Quel gâchis ! Quel gâchis pour chacun de ces jeunes et quel gâchis pour la Nation ! 

Avant toute chose, il faut donc lutter contre le décrochage à l’école. Un accompagnement spécifique sera mis en place pour celles et ceux dont on aura repéré les difficultés. L’objectif est de « raccrocher » 20 000 jeunes dès cette année contre moins de 10 000 les années précédentes, puis 70 000 en 2017.

Dans chaque académie, des réseaux appelés Objectif Formation Emploi regroupent l’ensemble des acteurs de l’éducation pour coordonner et développer l’offre proposée aux décrocheurs. 

Le réseau des Maisons familiales rurales a toute sa place dans cette mobilisation nationale. En formant 70 000 jeunes par an, de la 4ème à la licence professionnelle, vous pouvez vous targuer d’une longue et profonde expérience en matière d’éducation et de formation.

Vous avez en effet l’expertise singulière de la formation en alternance, qui allie éducation et formation professionnelle. Vous savez par vos dispositifs d’accompagnement faire « réussir autrement » les jeunes, comme vous venez de le rappeler Monsieur le Président. 

Oui, l’apprentissage est une voie d’excellence, à parité de dignité avec les autres voies qui lui sont complémentaires. 

Il en est ainsi pour tous les niveaux de formation, pour tous les types de métiers auxquels l’apprentissage prépare, notamment ceux que vous connaissez bien dans les secteurs de l’agriculture, du bois, mais aussi des services à la personne. 

Comme vous le savez, le Gouvernement a adopté le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi avec l’objectif de faire progresser le nombre d’apprentis dans notre pays de 435 000 actuellement à 500 000 d’ici 2017. 

Au vu des résultats de l’année 2012, c’est un objectif raisonnable, réaliste, atteignable si tous les partenaires se mobilisent : les entreprises, les organisations professionnelles et consulaires, tous les prescripteurs et bien entendu les CFA et vous-mêmes.

En somme, tout le monde doit s’y mettre et c’est bien le moins que l’on puisse faire dans cette période difficile pour les jeunes, les demandeurs d’emploi, les familles et les entreprises. 

Et je sais que nous pouvons compter sur votre mobilisation pour réussir ce défi. C’est tout l’enjeu de la préparation de votre projet collectif à l’horizon 2015 : former les jeunes tout en ancrant l’action des maisons familiales dans les territoires, en relation avec la vie associative -la culture, le sport-, le monde économique, les collectivités territoriales… 

Je peux vous assurer que nous serons à vos côtés pour porter cette priorité ! 

Nous comptons aussi beaucoup sur le contrat de génération. Ils sont entrés en vigueur le 18 mars dernier : l’objectif est la signature de 500 000 contrats d’ici 2017, soit 100 000 par an. 

On entend dire qu’il risque de concurrencer les contrats en alternance alors qu’il constitue au contraire un levier de leur développement. En effet, l’entreprise qui recrute un jeune en contrat de professionnalisation en CDI ou bien qui embauche en CDI un jeune au terme de son contrat d’apprentissage pourra comptabiliser ces deux recrutements au titre du contrat de génération et bénéficier des avantages qui en découlent. 

Parmi les premiers engagements relatifs à ce nouveau contrat, signés par le Président de la République le 4 mars denier, trois des signataires sur quatre étaient justement des jeunes qui achevaient un contrat en alternance. 

La priorité Jeunesse passe aussi par l’amélioration des conditions de vie des alternants et en particulier des apprentis. C’est un des volets adoptés par le Comité interministériel de la jeunesse. 

Le Gouvernement est particulièrement attentif. Une partie significative des apprentis vit dans des conditions sociales, familiales et financières difficiles qui sont souvent un frein à la conclusion de contrats, mais aussi l’une des causes de certaines ruptures.

Je sais que la plupart des CFA développent avec un soin toujours plus grand des actions d’accompagnement individualisé des apprentis, sur le plan pédagogique bien sûr, mais aussi sur tous les registres de leur vie quotidienne. Les Maisons familiales ont beaucoup à apporter dans ce domaine, car votre expérience est nourrie de la vie associative qui est au cœur des projets des MFR.

Nous attachons ainsi une grande importance au développement de l’action « formation en alternance et hébergement » du programme des investissements d’avenir, déployé par la Caisse des dépôts et consignations. 

Cela a déjà permis la mobilisation de près de 240 M€ pour la mise en œuvre de 56 projets qui génèreront 12 000 places de formation supplémentaires pendant que 8 000 places d’hébergement seront construites, reconstruites ou rénovées. 

L’hébergement des apprentis doit en effet être amélioré parce que beaucoup de jeunes en apprentissage ont des difficultés à se loger et c’est un véritable handicap social. 

Plus largement il faut proposer aux jeunes, à tous les jeunes, un parcours de réussite qui soit adapté à leurs talents et à leurs aspirations. C’est pourquoi, et c’est une attente très forte, nous mettons en place le Service public de l’orientation associant les Régions, l’Etat, et les structures d’information et d’accompagnement des jeunes quel que soit leur territoire de vie. 

Vous le savez, trop de jeunes, trop familles ont l’impression d’être seuls au moment de faire des choix. Ces choix sont particulièrement importants lors des transitions et c’est là que des ruptures se font. Le rôle de la puissance publique est d’être présente à ces moments pour accompagner les jeunes et leurs familles. Il est temps de passer d’une orientation subie à une orientation choisie. Cela nécessite une meilleure articulation de tous les acteurs. C’est bien le sens du nouveau service public de l’orientation qui sera expérimenté à la rentrée dans six régions : l’Aquitaine,la Bretagne, le Centre, le Limousin, les Pays de la Loire et Rhône-Alpes.

Au-delà de ces mesures en faveur de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, le devoir des politiques est de remettre les plus jeunes des citoyens au centre d’un projet de société, de les écouter, d’accompagner leurs aspirations, de lever leurs doutes, et de leur donner le droit d’expérimenter.

C’est pourquoi le Gouvernement a décidé d’engager plusieurs chantiers pour faciliter l’accès à la culture, aux loisirs éducatifs, au sport, à la mobilité internationale, pour l’ensemble de la jeunesse. 

Nous nous appuierons pour cela sur les mouvements d’éducation populaire qui savent accompagner les jeunes dans un processus d’émancipation et d’enrichissement personnel en passant par l’action collective.

Multiplier les possibilités de mobilité en Europe et à l’international des jeunes et que celle-ci ne soit pas que l’apanage des plus diplômés, des plus favorisés. La mixité sociale doit aussi être présente dans la mobilité et les jeunes en apprentissage ou dans les lycéens professionnels plus nombreux à vivre une telle expérience. 

La jeunesse a beaucoup à nous apprendre, elle qui porte un regard neuf sur le monde et participe à ses évolutions. 

Renforcer la représentation des jeunes dans l’espace public, favoriser leur engagement associatif, mais aussi militant, syndical ou politique. Et valoriser cette participation à la vie collective, au vivre ensemble, par la reconnaissance des compétences acquises hors du champ strictement scolaire.

La co-construction des politiques de jeunesse est un pré-requis qui m’est cher. C’est un élément central qui est nouveau. C’est la méthode que je revendique et que l’ensemble du gouvernement fera vivre pour la mise en œuvre de la Priorité jeunesse.

Des groupes de travail sont déjà en place. Ils associent les services de l’Etat, les collectivités territoriales, les partenaires des politiques de jeunesse et des jeunes eux-mêmes.

Nous leur ferons également une place dans les Conseils économiques, sociaux et environnementaux en créant un collège Jeunes dans chaque Ceser.

A l’échelle nationale, mais aussi dans nos territoires, les jeunes doivent pouvoir prendre part aux décisions qui les concernent. Faisons avec les jeunes, et pas seulement pour eux.

Et c’est effectivement en leur accordant cette confiance qu’on aidera les jeunes à prendre des responsabilités, à être acteurs des évolutions du monde, loin des clichés largement répandus d’une jeunesse oisive, dilettante, consommatrice ou individualiste. La jeunesse n’a jamais été autant informée.

Et je suis persuadée que dans vos réflexions sur la vie associative des maisons familiales, vous avez abordé la question de la place des jeunes dans la définition des projets éducatifs.

D’après votre enquête réalisée auprès des jeunes des maisons familiales de Haute-Normandie, 46% se disent « prêts à s’engager pour aider les autres et contribuer à un monde meilleur ». Les pessimistes diront que c’est une minorité ! Pour ma part, je trouve que c’est enthousiasmant pour des jeunes encore en formation !

Sachons écouter les jeunes, les accompagner et les soutenir quand il le faut.

Arrêtons de leur faire payer le fait d’être jeunes !

Mesdames et Messieurs, vous avez compris que mon engagement sur ces sujets est total. Je sais aussi que votre engagement en faveur d’un projet global de formation professionnelle et citoyenne rejoint les préoccupations du gouvernement. Je retiens volontiers cette formule. Accompagner les jeunes dans leur parcours d’autonomie tout en préparant la société à les accueillir !

C’est en conjuguant nos efforts, à l’échelle de nos responsabilités respectives, que nous relèverons ce défi prioritaire pour notre pays.

C’est cette ambition que nous devons porter collectivement, et je sais combien je peux compter sur votre mouvement pour relever ce défi. 

Je sais pouvoir compter sur votre soutien, je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi