Des Monsieur Belin, nous en connaissons tous. Ce sont ces profs un peu démunis face aux élèves. Et qui ne savent plus trop s’y prendre. Dans mon collège, le Monsieur Belin donnait des lignes à copier aux élèves bavards et dissipés. Régulièrement, nous entendions en classe « tu me copieras ça 100 fois ». Bien entendu nous revenions avec nos phrases bout à bout. Bien entendu, nous recommencions à chahuter. L’air de rien, comme ça pour voir… Et plus nous recommencions, plus nous avions de lignes à copier : 100 fois, 200 fois, 300 fois etc. Les plus doués allaient jusqu’à 500 fois avant de recevoir un avertissement. Prouesse que nous ne manquions pas de saluer entre élèves. Au-delà de la méthode pédagogique douteuse, Monsieur Belin tombait dans un piège : au lieu de changer de technique il augmentait la dose. Face à un problème difficile à résoudre, il faisait un petit peu plus de la même chose. Echec assuré. Nous vivons tous un peu le syndrome de Monsieur Belin dans nos vies de tous les jours à des degrés et dans des situations divers.

Depuis quarante ans, 75 plans en direction des jeunes ont été mis en place – souvent sur les questions d’emplois. Nous passons de plans en plans, de contrats en contrats : toujours avec détermination, rarement avec des résultats positifs et durables. Parce que nous tombons dans le piège de Monsieur Belin. Nous faisons un petit peu plus de la même chose. Si nous voulons voir de réelles évolutions quant à la situation des jeunes en France, il nous faut impérativement sortir du syndrome de Monsieur Belin. Il nous faut changer de méthode.

Comment ? Les politiques jeunesse peuvent passer d’une logique de dispositifs et de mesures à une logique de droit. De façon complémentaire elles peuvent en finir avec la « familialisation de la jeunesse » en permettant à chaque jeune de plus de 18 ans de bénéficier d’une majorité civile, pénale ET sociale. C’est pourquoi nous préconisons l’instauration d’un droit individuel et universel à l’éducation tout au long de la vie assortis de la mise en place d’un réel service public de l’orientation et d’une allocation d’émancipation pour chaque jeune. Ces réformes peuvent être financées par une refonte du système d’allocations familiales pour les majeurs et des bourses de l’enseignement. Il y a un an et demi, nous étions plusieurs dizaines d’organisations à avoir signé l’appel « pour un big bang des politiques jeunesse ».Preuve est faite que les constats et solutions sont connues et partagées. Depuis un an et quelques mois, nous n’avons pas vu de réformes structurelles voir le jour sur ces sujets. Malgré des mesures et dispositifs intéressants, nous n’avons pas réussi, une fois de plus, à changer de logique. Au risque que les résultats ne soient pas au rendez vous et/ou durables.

La chance que nous avons est que le Président de la République et le gouvernement se préoccupe particulièrement du devenir des jeunes. C’est donc à nous, organisations travaillant avec ou auprès des jeunes, aux jeunes eux-mêmes, de ne pas oublier nos propres propositions et de continuer à les faire vivre et progresser.

Sinon, nous ne sortirons jamais du syndrome de Monsieur Belin ; jamais des sentiers battus mille fois.

Jérémie GODET, président du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne