On dit de nous que nous sommes la génération connectée. Pourtant, à part l’utilisation quotidienne d’internet, peu de choses nous différencient de nos aînés. Et dans dix, vingt ans, cette seule différence se verra balayée par le comblement inéluctable de la fracture numérique.

Oui, nous sommes une génération connectée… aux autres. À nos amis, à notre famille, à des inconnus à l’autre bout du monde. Comme nos parents et grands-parents, nous avons un goût irrésistible pour la discussion, mais d’épistolaire, elle est passée en ligne. Comme eux, nous nous soucions de l’image que nous renvoyons à autrui, ainsi à leurs autoportraits sépia, nous préférons les « selfie  » sur Instagram. La radio, nous l’écoutons grâce à des applications. Les vinyls, nous les convertissons en MP3, à emporter n’importe où. La télévision, nous la devançons avec l’autre écran, celui de notre ordinateur, qui nous fournit en quelques secondes un épisode, une émission que l’on aurait pu attendre des mois, faute de droits.

En commun, l’amour du 2.0


Mes camarades de galère de 15 à 30 ans sont parfois nés un clavier dans les mains, ont souvent déjà trouvé un abonnement Wanadoo 50h dans un magazine, connu le son extraterrestre du modem qui se connecte au réseau, répondu mille fois à la question « ASV ? » sur un chat... On a découvert le meilleur d’internet et aujourd’hui, nous rions du pire. On a parfois tellement aimé qu’on en a fait notre métier, comme nombre de mes connaissances community managers, chargé(e)s de communication, webmasters, graphistes…

D’ailleurs, ce n’est plus vers nous que sont tournés les yeux et les inquiétudes des spécialistes des technologies, mais vers les enfants, pré-ados et ados. Ils s’évertuent à tenter de rassurer les parents flippés à grands coups d’ouvrages et d’interventions sur « les réseaux sociaux et mon ado », « combien de temps devant l’écran ? », « smartphone or not smartphone ? ».

Regarder le JT en connaissance de cause

En France, nous sommes une poignée de chanceux à savoir que cette problématique colossale peut être résolue par une discipline : l’éducation aux médias.

Éduquer aux médias, c’est avant tout permettre à chacun de développer une compréhension critique des médias (internet mais aussi télé, radio, presse…), de façon active, voire participative.

De nombreux jeunes se forgent déjà cette culture en créant et en animant un média, en s’interrogeant sur les enjeux économiques qui régissent les groupes de presse, en utilisant des applications complémentaires de l’apprentissage en classe ou en participant à des groupes de discussion sur l’impact des jeux vidéo, par exemple.

Cette forme d’éducation populaire, tournée ainsi, suscite réellement l’intérêt des Français. Mais cette question sociétale est aujourd’hui abordée majoritairement de façon descendante. Il est primordial que l’attention publique soit portée vers les enjeux de cette éducation aux médias, en prenant en compte l’avis des plus concernés, les jeunes.

Aidez-nous à nous faire confiance !

Créez des espaces de croisement intergénérationnel, à l’instar du CSA et de sa plateforme jeunesse, malheureusement trop intimiste. Encouragez nos prises de parole médiatiques en les valorisant toute l’année. Ne nous prenez pas pour des idiots et ne reniez pas notre culture populaire (jeux vidéo, sites web…), éduquez-nous avec et réconciliez-nous avec l’éducation nationale. Ne tombez pas dans la facilité de l’alarmisme avec nos parents flippés par les nouvelles technologies et parlez de la créativité d’internet lorsque vous abordez ses risques. Enfin, soutenez-nous, soutenez nos projets qui nous font mûrir et interrogent bien souvent les lacunes étatiques de notre démocratie. En un mot… Aidez-nous à nous faire confiance !

Marie Camier, bénévole, co-fondatrice de MediaEducation.fr